Restauration collective et politique d'éducation

Une politique alimentaire durable et de proximité est un projet global, qui ne s’arrête pas aux approvisionnements de la restauration collective. L’alimentation balaye un grand nombre de problématiques, de l’environnement jusqu’à la santé, en passant par les modèles agricoles, l’emploi et les conditions de travail des agriculteurs et des employés du secteur agricole et alimentaire. L’éducation à l’alimentation doit tenir compte de toutes ces problématiques. Elle est également l’un des quatre axes de la politique alimentaire nationale (Programme national pour l’alimentation), en lien avec les politiques de santé (Plan national nutrition santé) et d’éducation (Projets éducatifs de territoire). Une démarche d’éducation à l’alimentation implique donc l’intervention et la coordination de plusieurs politiques et de plusieurs acteurs, que ce soit dans le champ de la santé (agences régionales de santé), de l’éducation (rectorats), de l’agriculture (associations de producteurs, chambres d’agriculture), de l’environnement (centres permanents d’initiatives pour l’environnement). L’éducation est un aspect essentiel des politiques alimentaires durables, qui permet de leur donner du sens, de les ancrer dans la durée, surtout si elles s’adressent aux plus jeunes. De plus, le fait de lier un marché public à une action éducative – une visite à la ferme ou l’intervention d’un agriculteur à l’école par exemple – permet de privilégier les produits locaux.

L’éducation au goût et à la découverte de nouveaux produits

Qu’elle vise les enfants, les jeunes ou les adultes, l’éducation alimentaire comporte plusieurs facettes, dont l’éducation au goût et la sensibilisation à la découverte de nouveaux produits ou recettes. Peu importe les efforts qui auront été fournis pour développer et structurer une offre agricole locale et de qualité, respectueuse de l’environnement, si les convives refusent de manger ce qui leur est servi en raison d’une « néophobie », en particulier les plus jeunes. D’où l’importance d’introduire des nouveautés progressivement et d’associer le personnel en salle afin d’expliquer aux convives la démarche adoptée en cuisine. D’où l’importance également d’un dialogue entre le personnel en cuisine et le personnel en salle, qui parfois dépendent de services différents [voir les fiches Gouvernance et Politique de Ressources Humaines].

L’éducation nutritionnelle

L’éducation nutritionnelle est une autre facette d’une politique d’éducation alimentaire. Dans le cadre du Plan National Nutrition Santé (PNNS), les villes et départements peuvent adhérer à la charte des villes et départements actifs PNNS, et recevoir en échange des outils et conseils. Par ce biais, ils s’engagent à  mettre  en œuvre,  chaque  année,  au  moins  une  action  conforme au PNNS  dans un ou plusieurs des quatre domaines d’intervention suivants : information-communication, éducation pour la santé, formation, aménagement du territoire [voir la fiche Politique culinaire, nutritionnelle et de santé].

L’éducation au développement durable et à la consommation citoyenne

Un autre aspect de l’éducation à l’alimentation, plus large, est parfois qualifié d’éducation au développement durable ou à la consommation citoyenne. Ce volet éducatif permet de tisser des liens entre une politique agricole et une politique alimentaire, et de sensibiliser aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux de l’agriculture et plus largement du secteur agroalimentaire. Certaines collectivités invitent des agriculteurs à venir présenter leurs produits, ou organisent des sorties de classes à la ferme pour que les élèves sachent d’où viennent les produits qu’ils consomment, et en quoi consiste le métier d’agriculteur. D’autres proposent des outils pédagogiques à destination des établissements, d’autres enfin lancent des campagnes plus vastes à destination du grand public.  

La participation des convives eux-mêmes à la formalisation des messages éducatifs, à l’élaboration des menus, est souvent un gage de réussite d’une démarche d’éducation alimentaire.

Le projet de maison de l’alimentation durable de la commune de Mouans Sartoux (Alpes Maritimes)

Dans le cadre de sa politique alimentaire globale, la ville de Mouans-Sartoux mène un projet intitulé Maison d’Education à l’Alimentation Durable (MEAD), dont l’un des volets consiste à sensibiliser les enfants, leurs parents et tous les citoyens à l’alimentation durable par différents ateliers.

L’espace agricole de Haute Combe, que la commune exploite en régie pour approvisionner sa restauration collective [voir la fiche Politique foncière], pourra accueillir des formations au jardinage et des sensibilisations au fonctionnement et aux objectifs d’une agriculture biologique (son mode de lutte contre les maladies et parasites, la recherche de l’équilibre de l’écosystème, la préservation de la biodiversité). Il est également prévu d’installer sur le domaine de Haute Combe une salle de classe pouvant accueillir des scolaires sur des périodes d’une semaine afin de découvrir le quotidien d’une exploitation agricole et de sensibiliser les élèves au respect de la nature. La commune prévoit également d’organiser des ateliers cuisine tous publics (enfants, bénéficiaires de l’épicerie sociale et solidaire, familles, classes nature de l’agglomération). A terme, un espace de conférences permettra d’organiser des évènements pour sensibiliser et accompagner la population dans l’évolution vers une alimentation durable. Des actions sont déjà en place et vont s’amplifier à partir de la rentrée de septembre 2016. Le projet bénéficie du soutien financier de la ville, de la région et d’une fondation pour le fonctionnement.

« Les lycéens, consom'acteurs citoyens » : le projet du Conseil régional de La Réunion

Alors que les problématiques d'obésité et de diabète sont prégnantes sur l’île de La Réunion, Le Conseil Régional, à travers sa compétence en matière de restauration dans les lycées, lance un projet innovant autour de l’éducation alimentaire avec le projet « Lycéens, consom’acteurs citoyens » (année scolaire 2016-2017). Ce projet est pour partie financé par le Programme National pour l’Alimentation (appel à projet 2015-2016). Le Conseil régional, le Rectorat et les lycées mettent des agents, des locaux et du matériel à disposition du projet, qui associe plusieurs partenaires, dont la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF), les producteurs locaux (à travers leurs groupements et interprofessions). Il a pour objectif d’associer les lycéens à la création d’outils de sensibilisation et de mobilisation sur les thématiques en lien avec l’alimentation : « consommer local, pourquoi et comment ? » ; « équilibre alimentaire et santé » ; « goût : découverte et plaisir » ; « lutte contre le gaspillage alimentaire ».

Ces outils (vidéos, fiches actions, affiches…) seront élaborés par les lycéens des 8 établissements pilotes (dont 2 lycées agricoles) retenus dans le cadre du projet. Sont notamment prévus une animation dans un restaurant scolaire avec un agriculteur, une exposition de photographies mettant en valeur les produits et les producteurs par les élèves des lycées agricoles, la réalisation de spots vidéo sur l’équilibre alimentaire, la création de nouveaux menus attractifs, équilibrés et à base de produits locaux pour les cafétérias des lycées par des élèves en formation cuisine, etc. Les outils élaborés seront ensuite mis à disposition des autres établissements sur les sites internet des partenaires du projet (Académie, Conseil Régional, DAAF, ARS…), et pourront être adaptés aux besoins spécifiques d’autres publics et d’autres territoires. Ils pourront servir de base pour le programme d’éducation alimentaire au lycée qui serait intégré au parcours “Santé” des Comités d’Education à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) de l’Académie.